Collaboration et entreprise : pragmatisme, réalisme et optimisme
Pour ceux et celles qui ont suivi ces dernières semaines, nous avons lancé un projet portant le titre du futur de l'entreprise collaborative avec Thierry de Baillon et Renaud Gaultier : par ici. Nos objectifs sont clairs : sortir "collaboratif" de l'état de buzzword et identifier avec vous, et d'autres, les dénominateurs communs qui caractérisent la collaboration en entreprise. Quand on évoque les dénominateurs communs nous entendons : les prérequis et les éléments qui motivent à collaborer. La collaboration reste un moyen et non une finalité. Nous ouvrons la discussion aussi dans ce sens.
A l'issu de ces premières semaines et à la suite des interviews que nous menons, des tendances fortes émergent.
Je ne vais pas tirer de conclusions hâtives – qui n'engageraient que moi et dénatureraient le principe même du projet -, et par souci de pragmatisme, je veux plutôt dedier ce billet au promoteur interne, ou du consultant, quant aux quelques étapes incontournables par lesquelles il doit passer s'il veut mener à bien des projets qui impliquent des efforts de collaboration.
Collaboration et Relation Client
La collaboration est une des clés de la réussite dans la relation client et dans le management de l'expérience client (CEM). C'est un moyen et non une fin… Elle sous-tend toute la démarche car elle vise un objectif final : servir le client pour le satisfaire, renforcer sa fidélité et réduire l'insatisfaction à néant. Quand j’exprime ce point de vue il y a toujours un détracteur qui me dit : "mais il y a toujours des insatisfaits"…
Certes. Cependant j'apporte 2 réponses. Premièrement, le Customer Experience Management et le Design de Services vous permettent d'anticiper les points d'insatisfaction potentiels, puis de mettre en œuvre les réponses appropriées. Deuxièmement, dans un environnement d'hyper-compétition et de sélection, on ne peut se permettre de perdre des clients juste pour avoir raison. L'arrogance est votre arrêt de mort ! Donc : identifiez le motif de l'insatisfaction ! Est-elle fondée ou non ? Et si oui, facilitez la résolution des problèmes. Si non, trouvez une solution constructive pour préserver la relation. Les solutions ne manquent pas, il convient de savoir quelle est votre priorité…
Pour savoir comment et quelles pratiques l'entreprise peut mettre en œuvre, il vous faut mener une investigation approfondie et appliquer à vous même, les préceptes du vivre dans la peau du client, interne et externe : "Live the Pain".
Le porteur du projet, qu'il soit interne ou externe, doit se positionner comme un éternel apprenant. Rien de plus préjudiciable, tant pour vous que votre client, qu’une solution prête d’emblée, même chez un client que l’on pense connaitre. Chaque client a son contexte : des lois qui encadrent son activité, un marché dans lequel il évolue, des clients qu’il souhaite satisfaire.
Connaissez l'environnement
Une erreur communément commise est d'aller à des conclusions hâtives. Vos enjeux et les impératifs de l’entreprise peuvent être des facteurs aggravant. Toutefois, bien mal acquis ne profite jamais… et prendre le temps d'explorer l'entreprise, ses différents niveaux, départements, et individus s’impose. Le "Stakeholders assessment", comprenez l'analyse des parties-prenantes, donne corps à cette initiative. Plus vous maitriserez l'environnement interne de l'entreprise, les motivations, attentes et les objectifs personnels, des uns et des autres, plus vous aurez la possibilité d'amener l’ensemble vers l'action, la construction concertée et choisie. Attachez-vous à trouver le but commun, la valeur partagée par toutes et tous. Mais ne tombez pas dans l'excès de toujours vouloir plus de données, cela pourrait être contre-productif. Il va de soit que la première phase exploratoire ne peut être exhaustive, car rencontrer 100 salariés peut vite devenir chronophage. Mais en choisissant bien, on peut avoir une image fidèle du contexte, des acteurs et des enjeux. La suite du projet donnera l'opportunité d'affiner vos impressions, notamment lors de travaux de groupes.
Echangez et amenez les rencontres
Quoi qu'on en dise, et au grand dam de certains, collaboration et relation passent avant tout par la compréhension de ce qui lie des hommes et des femmes. En somme, d'humains et d’interactions. La relation commence par l'écoute de l'autre. Posez des questions et empêchez-vous de vouloir rebondir systématiquement. Echangez, partagez les points de vue et amenez les personnes à ouvrir leur espace. Ici aussi, patience et observation comptent. Tel l'anthropologue ou le sociologue, si vous optez pour une intégration et une participation dans la structure, donnez le temps aux personnes de vous intégrer. Ça ne se décrète pas, tout comme le changement. Pour faciliter cette intégration, amenez les personnes à se rencontrer et à réfléchir ensemble. Pas de réunionite inutile, juste des regroupements motivés avec des objectifs clairs et un cadrage précis. Les techniques de créativité et de prises de décision collective permettent d’aboutir à des résultats surprenants.
Soyez humble et ne prétendez jamais que vous avez toutes les réponses
N'avez-vous jamais éprouvé un profond rejet pour toute personne qui se pose comme donneuse de leçon, ou comme porteur de la vérité une et universelle ? Avez-vous envie de prêter l'oreille et vous laisser convaincre ? Plutôt que d'imposer, créez l'envie. L'humilité est une attitude salvatrice car n'oubliez pas que, comme dans le Customer Experience Management, ce sont sur vos promesses tenues ou non que vous serez jugé… quelles sont-elles et êtes-vous sûr de pouvoir les tenir ? Le meilleur chemin est donc d'élaborer les réponses avec le collectif pour qu'ils se saisissent du sujet, des problèmes et fassent les choix les plus radicaux eux-mêmes. Votre rôle est donc de faire émerger les solutions grâce au groupe. Ils collaboreront vers un objectif commun. Je prends un exemple que je traite avec un client : les réseaux sociaux dans l'entreprise… est-ce à une seule personne de gérer et décider des usages ou non ? ou bien est-ce que des groupes, intelligement constitués (croisement hiérarchiques et métiers), ne sont pas à même d'établir les règles et du bon usage. Doit-on tout contrôler ? peut-on tout contrôler ?
Ce qui compte ce sont les humains… le reste vient ensuite
J'ai eu le privilège d'échanger avec le directeur du développement de Zappos (www.zappos.com) et au fil de la discussion une évidence s'est dégagée : on peut décider de tout ce que l'on veut, tant qu'il n'y a pas un climat et une culture qui unit un groupe d'individus, par exemple avec un état d'esprit bien particulier ou autour d'un objectif fédérateur, nulle initiative dite collaborative ou non, n'aboutira pleinement. Cette culture cristallise les énergies, qui ensuite accepteront pour la réussite d'un projet de se fondre dans des processus qui doivent toujours servir : le métier et l'objectif commun. Chez Zappos, on en vient à choisir les collaborateurs suivant des critères de personnalité en adéquation avec la culture de l'entreprise; des personnalités faisant preuve d'une réelle empathie et d'un souhait de s'intégrer dans une entreprise fondée sur la transparence. Cela soulève une autre question : quelle est la nature du travail pour les collaborateurs ? juste un travail alimentaire ou bien un véritable choix de vie ? Est-ce que l'entreprise permet à ses collaborateurs de s'épanouir ? et surtout de vivre heureux au travail ? Quels sacrifices ou choix sommes nous prêts à faire pour être bien au travail ? Nous savons combien le syndrome du lundi matin reflète un malaise croisant de notre relation au travail dans notre société.
Pour conclure
Amener les individus à collaborer dans l'entreprise s'avère être un impératif de l'entreprise, pas nécessairement le souhait du travailleur… Dans l'interview de Gilles Lipovetsky, qui sera publiée prochainement sur www.thefutureofcollaboration.com, ce dernier expose une idée fort intéressante : le travailleur souhaite avant tout être heureux au travail, il ne souhaite pas collaborer. S'il collabore quelqu'en soit la finalité, c'est que cela lui permet d'accomplir cet objectif. Dans tout projet que nous menons, si les initiatives collaboratives, et autres projets de travaux en commun, lui permette d'atteindre cet objectif, alors le salarié acceptera l'évolution et le changement dictés par les choix d'entreprise.

English
Français
Une vision bien intéressante que voilà! Peut-être parce qu'elle se rapproche de mon imagination? Rapprocher l'idée (concept et pratique) UX avec le 2.0 tel que tu le décris est intéressant. Je suis moi-même très sensible à ses 2 concepts finalement mal compris et surtout mal mis en place. Pour Zappos je n'ai pas eu le privilège de voir plus loin que leurs bouquins mais j'aimerai vraiment avoir l'avis d'un employé (ou plusieurs) sur la réalité des faits. Je me méfie de la galvanisation de réussite social au sein des entreprises et des storytelling à l'eau de rose… Un vrai temoignage sous couvert d'anonymat serait de nature à nous rassurer!
En tout cas nous sommes toujours sur la même ligne et +1 pour la conclusion. C'est un rêve de DG la collaboration, pas des salariés…
Merci pour ton commentaire. Effectivement, il serait intéressant de faire témoigner un employé sous couvert d'anonymat. Mais ce que j'ai compris de Zappos, c'est que les salariés sont aussi choisis sur la base de cette capacité à accepter la transparence et une absence d'intimité relative. C'est une vraie culture. Le client prime pour eux et comme il me l'expliquait, le vrai métier de Zappos aujourd'hui c'est le Service Client, pas le E-commerce… c'est aussi pour cela que Bezos, en rachetant Zappos, n'a pas souhaité toucher quoi que ce soit. Il s'agit du laboratoire d'Amazon. On comprend aussi pourquoi la dernière annonce des résultats d'Amazon avait une teinte "Zappos". Disons que pour faire un parallèle avec le Customer Experience Management, Zappos a anticipé dans son recrutement les profils qui pouvaient poser problème, y compris à la sortie
ce qui explique le peu de données.
Merci et continuons la confrontation concepts et applications!
Tout se recoupe j'ai recu hier soir un message du service client d'Amazon à 22h35 que j'avais sollicité à 22h10 avec une réponse je pense humaine (pas un bot) et dont la signature est : "Nous nous efforçons de bâtir l'entreprise la plus centrée sur ses clients. Par vos remarques, vous nous y aidez." Ben moi je dis chapeau!! Peu de SAV répondent à 22h !!
Pour ce que tu dis " les salariés sont aussi choisis sur la base de cette capacité à accepter la transparence et une absence d'intimité relative" c'est essentiel à la réussite de ce modèle peu transposable à mon sens bien qu'amazon puisse en être le contre exemple. A suivre de près ;D
function SOswitchMenu() {var el = document.getElementById(‘bodyDiv’);if ( el.style.display != « none » ) { el.style.display = ‘none’;}else { el.style.display = »;}var el2 = document.getElementById(‘h2′);if ( el2.className == « calHeader goog-zippy-expanded normalText » ) { el2.className = « calHeader goog-zippy-collapsed normalText »;return;}if ( el2.className == « calHeader goog-zippy-collapsed normalText » ) { el2.className = « calHeader goog-zippy-expanded normalText »;return;}}
function SOframeReload() {var f = document.getElementById(‘soFrame’);f.src = f.src;}
@Frédéric @Axyome.
Merci de ce rappel salutaire en ce début d'année !
Je suis d'accord avec tout le monde et en particulier Gilles Lipovetsky bien que je trouve son argumentation un peu "facile" (au mons telle que citée dans ce billet) et je souhaite y apporter quelques "bémols" ou nuances.
Le monde des entreprises n'a jamais eu pour objectif (enfin, si c'était le cas, personne n'y jamais vraiment cru !) le bonheur des salariés, mais la rentabilité et le profit.
Pour ma part, je pense qu'il y a erreur à parler de bonheur au travail, restons humbles et acceptons d'en rester à la notion de bien-être qui est déjà une exigeance bien haute.
Acceptons également de considérer que la compréhension, à défaut de l'adhésion, permettrait de favoriser la pratique de partage et de collaboration dans les organisations.
Et on en revient, et on se rejoint tous sur ce point, à la nécessité d'une vision portée par un leadership fort et rassembleur : pas vraiement le profil issu des écoles de commerce, des universités ou des grandes écoles ces 20 dernières années ;-(
Bien à vous
Claude
Bonjour Claude,
Merci pour ton commentaire toujours précis et clair. Pour prendre la défense de Lipovetsky, c'est une phrase extraite de notre discussion et qui est arrivée en quasi conclusion d'un ensemble de questions et interrogations. Aussi n'est il pas du tout simpliste.
Je pense que la pensée qui se trouve ici, n'est autre que le fait que l'entreprise a changée et que la disparition progressives des états keynesiens a transféré à l'entreprise une part d'une rôle de l'Etat. On attend de l'entreprise, en tant que salarié, qu'elle nous protège et soit un prolongement de notre vie privée.
Pour ce qui est du changement de l'entreprise et du souhait du salarié d'être heureux, il y a en plus le fait que dorénavant le salarié ne se contente plus d'être un simple executant. Il souhaite être reconnu, impliqué et valorisé. Comme le consommateur qui jouit de ses biens, où et comme il le souhaite, le salarié du 21ème siècle, parce qu'il porte en lui ses réflexes de consommateur polymorphe, attend de lentreprise la même disponibilité. D'une certaine manière, il cherche le bonheur par la consommation et il cherche les mêmes sensations dans le travail.
Cependant, je te rejoins à 100% sur l'objectif de l'entreprise, mais disons qu'elle doit aussi savoir évoluer et se dire qu'au final la génération de profits passera par des collaborateurs heureux, là ce ne sont pas les exemples qui manquent. Une belle équation à résoudre!
Je ne sais pas pourquoi mais j'ai peur que l'on prenne comme exemple ce modèle d'entreprise Zappos qui lui est propre comme on l'a fait avec Cisco (lol) en son temps… je reste sur ma reserve, non pas de leur succès mais sur la transposition du modèle.
@+
Entièrement d'accord avec ça : Pour ma part, je pense qu'il y a erreur à parler de bonheur au travail, restons humbles et acceptons d'en rester à la notion de bien-être qui est déjà une exigeance bien haute. ;D